Bonjour Ingrid, la première question est un petit rituel sur Plume libre. Qui êtes-vous, Ingrid Desjours ?
Je ne suis pas sûre de savoir répondre à cette question : à croire que
les psys sont un peu comme les cordonniers... Disons que je suis une
trentenaire plutôt bien dans ses baskets quand elle arrive à mettre
d'accord toutes ses personnalités !
Pouvez-vous nous présenter votre roman : « Echo » ?
Echo ouvre une fenêtre sur le profilage criminel et les méandres
d'un esprit pervers... C'est aussi la rencontre de deux personnages
complexes, avec leurs fragilités et leur part d'ombre. Patrik Vivier
flic subtil et fatigué sous des airs de gros dur et Garance Hermosa
jeune profiler qui joue du masque en virtuose et ne veut pas être
aimée.
« Echo » est votre 1er roman. Conte de fées ou parcours du combattant ? Avez-vous eu des problèmes pour le faire éditer ?
Conte de fées ! J'ai eu la chance d'être tout de suite soutenue et
suivie par un éditeur qui a su me faire travailler et me donner
confiance.
Comment vous est venue l'envie d'écrire ? Quel a été l'élément déclencheur ?
J'écris depuis que je sais tenir un crayon. Je ne saurais dire ce qui a
déclenché cette envie, comme si elle avait toujours été là. Ma première
"oeuvre" m'a valu 4 heures de colle ! J'avais huit ans et avais rédigé
un pamphlet en alexandrin sur mon école...
Comment en êtes-vous venue à écrire ce roman et pourquoi un roman policier ?
Le roman policier, parce qu'il y a des contraintes : le processus
créatif est mis à l'épreuve d'un raisonnement qui doit être logique et
rigoureux. Par goût du jeu aussi, pour le plaisir de fabriquer un
puzzle que le lecteur devra résoudre. Ce roman, en particulier, et ceux
à venir, je suppose... comme un exutoire, un besoin compulsif de faire
sortir certaines choses, de les partager, avec sûrement le désir secret
d'être lue entre les lignes.
Combien de temps avez-vous passé à l'écriture de ce livre ?
Officiellement une année... mais je pense qu'il était là depuis bien plus longtemps !
Comment gère-t-on son temps entre écriture, travail et vie de famille ?
J'ignore comment on gère... Je n'arrive pas à commander l'envie, le
besoin d'écrire. J'essaie juste de ne pas trop me désocialiser en phase
d'écriture, mais ce n'est pas évident. C'est une telle transe, un tel
bonheur que tout le reste s'estompe.
Dans la "vraie vie du dehors", vous êtes diplômée en psychologie
clinique et spécialisée en sexo-criminologie. Votre activité
professionnelle a-t-elle beaucoup influencé le choix du sujet de votre
livre et votre façon d'écrire ?
Echo s'inspire, avant de dériver vers de la pure fiction, d'un cas
auquel j'ai été confrontée. Ma façon d'écrire est forcément influencée
par ce que j'ai vécu et donc par mon activité professionnelle, bien que
je ne pratique plus aujourd'hui. Je rentre facilement dans la logique
de mon tueur, je fais corps avec lui et je m'en délecte...
Pourquoi avoir choisi le monde du Showbusiness comme cadre pour votre intrigue ?
Ce sont surtout Klaus et Lukas, les victimes, qui ont choisi d'y
travailler ! Quoi de plus grisant pour eux, que ce monde factice où ils
pouvaient paraître et exercer leur pouvoir ?
Votre livre dénonce certaines perversions et le mal en général, pourquoi avoir eu envie de traiter ce sujet ?
Je montre, plus que je ne dénonce, les mécanismes qui peuvent
conduire à des actions condamnables. Ce qui m'intéresse, c'est à la
fois de transmettre un peu de ce que j'ai pu comprendre et aussi
d'approcher l'instant où tout bascule, afin de voir s'il y a une forme
de déterminisme ou si, au contraire, certaines horreurs pourraient être
évitées.
Quelle partie préférez-vous dans la conception d'un livre (les recherches, l'écriture...) ?
Ce que je préfère, ce sont les phases de pure transe, quand j'oublie le
reste du monde et que je lâche la bête, quand l'écriture m'emporte et
que je danse avec les mots, les émotions, quand je pose mes tripes sur
mon écran.
D'ailleurs quel est votre processus d'écriture ?
L'histoire s'impose à moi : la victime, le crime, ses raisons, son
auteur, leurs proches. J'élabore le profil de chacun, fais des
recherches sur les thèmes que je souhaite approfondir, décide du
déroulement de l'enquête comme d'un grand squelette qui va guider le
corps du livre et me lance... et souvent me laisse surprendre par
l'intrigue qui évolue d'elle-même !
Le personnage de Garance est assez atypique : belle, intelligente et
provocante. Comment vous est venue l'idée de ce personnage ?
Garance est un peu plus qu'un simple personnage...
De manière plus générale, où trouvez-vous l'inspiration pour la
création de vos personnages et comment choisissez-vous leurs noms ?
Je m'inspire beaucoup des visages que je croise, d'attitudes, de
phrases que j'entends. Je ne choisis pas les noms au hasard : il y a
parfois des private jokes, quelques jeux de mots comme pour ‘Patrik
Vivier' (au-delà des initiales PV, j'ai pensé que pour un flic, mieux
valait être sans C que sans K... capillotracté, je vous l'accorde, mais
très jouissif), et des anagrammes comme pour ‘Garance Hermosa' et tous
les personnages du prochain roman.
Comment vous est venue l'idée du journal intime du 1er chapitre ?
- Elle s'est imposée à moi, comme une respiration puis une apnée dans l'écriture...
A-t-il été difficile de construire l'intrigue de votre roman ?
Prenez-vous plaisir à manipuler vos lecteurs et est-ce difficile de les
mener par le bout du nez ? :o)
Oui, c'est grisant de tenir les rènes et de conduire les lecteurs sur
de fausses pistes. Mais il faut tout de même leur donner la possibilité
de démasquer l'assassin avant les enquêteurs, alors ce qui est vraiment
difficile, c'est de donner suffisamment d'indices sans rendre les
choses trop évidentes... mais bon, il faut bien jouer le jeu !
Comment arrivez-vous à créer un tel rythme lors de votre écriture ? Une
fois plongé dans "Echo" et celà dès le 1er chapitre, impossible de le
lâcher. Quel est votre secret ?
Merci ! Je n'ai pas de truc, je pense juste que j'écris comme j'aime
lire. J'ai besoin que les choses aillent vite, qu'il y ait des
rebondissements : j'aime me faire avoir.
Le succès semble présent au vu des différents avis croisés sur les
différents blogs. Pensez-vous reprendre les même personnages dans un
prochain livre et en faire une série ou au contraire changer de
personnages et d'univers ?
Je suis touchée que mon roman ait pu rencontrer quelques lecteurs, mais
quand j'en relis des passages, j'ai du mal à y penser en terme de
succès car j'en vois les défauts... Le prochain roman mettra à nouveau
en scène Garance et Patrik. Ils auront cependant un peu évolué. Surtout
Garance qui sera plus sombre, en proie à des démons du passé.
Comment voyez-vous la place de la femme (auteure et personnage) dans le polar français ?
L'homme et la femme ne s'accrochent sans doute pas aux mêmes
détails, qu'ils soient auteurs ou personnages, et apportent de fait des
points de vue complémentaires.
Est-il difficile de faire sa place quand on est une femme écrivain ?
Je ne me suis jamais posé la question du genre, professionnellement : être une femme ne m'a ni compliqué, ni facilité la tâche.
Vous avez participé récemment au forum des membres de l'Ecole de
Caen au Mans. Quelles sont les anecdotes croustillantes (ou pas) que
vous pouvez nous communiquer sur cette bande d'auteurs ? Allez-y,
lâchez-vous, d'après notre expérience, ils ne mordent pas... :o))
Oui ! Deux d'entre eux se défendent d'être fans du groupe A-ha, alors
qu'ils écoutent "take on me" en boucle (et chantent avec Morten Harket
: c'est un carnage quand ils montent dans les aigus !). Mais j'ai
promis à Jean-Luc et Raphaël de ne pas les nommer.
Une question de notre matou que vous voudrez bien excuser par
avance : Avez-vous écrit votre livre à la montagne pour un
meilleur............Echo ? ;o)
Pas vraiment, mais j'espère qu'ils continueront à être bons !
Quelles sont vos influences littéraires, vos derniers coups de cœur ? Et en matière de cinéma et de musique ?
Dans mes jeunes années j'ai beaucoup lu Barjavel, Ann Rice, Stephen
King, des auteurs qui ont nourri mon imagination. Mon dernier coup de
coeur est pour "Les âmes fardées" d'Aurore Guitry, une très belle
plume. En matière de cinéma je suis fan du Dracula de Coppola, qui est
d'une sensualité et d'un romantisme renversants, des films de Zabou
Breitman, touchants et pleins de poésie... Je suis aussi une dévoreuse
de séries américaines dont j'apprécie le format et le rythme. Mes goûts
musicaux sont plutôt éclectiques : de Beethoven à Marylin Manson, en
passant par Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Miossec, Noir Désir,
Benjamin Biolay, Lhasa de Sela...
Quels sont vos projets pour l'année à venir ? Pour quand le prochain roman ?
Le second roman sortira au printemps prochain... en tout cas j'y travaille !
Merci beaucoup Ingrid Desjours, nous vous laissons le mot de la fin.
Je n'aime les fins que parce qu'elles signent le début d'autre
chose... Un grand merci à vous de m'avoir donné cet espace d'expression
!