|
|
|
Jean-Louis Nogaro |
|
|
Ecrit par Stfoch
|
|
Novembre 2007
Jean-Louis Nogaro, on vous croise régulièrement sur différents forums de polars. Mais vous n'échapperez pas à la première question rituelle : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et quel a été votre parcours jusqu'à la sortie de votre deuxième roman St Etienne Santiago ? Parler de soi... pas facile ! Je suis né dans les livres au début des années 60. Dans ma famille, les livres étaient partout. Mes parents, mes deux grandes sœurs étaient (et sont toujours !) des passionnés de lecture. Je suis entré au CP avec une envie de dévorer tout ce qui m'entourait... Dès que j'ai eu les clés, je n'ai eu de cesse de bouquiner tout ce qui me tombait sous la main. Et je me suis mis à écrire, très tôt. À l'école élémentaire, j'avais entamé plusieurs manuscrits. Du polar, déjà ! C'est à l'âge de 40 ans que je me suis décidé à finaliser quelque chose : ce fut "Un bon flic c'est comme de la soie". Depuis, et sans attendre les réponses d'éditeurs, j'enchaîne. J'ai commis le second opus des aventures de Gérald Séverine dans la foulée, ainsi qu'une cinquantaine de nouvelles noires ou policières.
Dans vos deux romans : un bon flic c'est comme de la soie et St Etienne Santiago on ressent certaines filiations à Jean-Claude Izzo ou Henning Mankell. Des auteurs de polars sociaux, dénonçant les dérives de leurs personnages et de leurs sociétés avec comme décor une ville omniprésente dans leur œuvre : Marseille pour Izzo et Ystad pour Mankell. Pour vous c'est St Etienne avec votre personnage du Capitaine Séverine. Vous avez vu juste ! Izzo, Mankell, mais aussi Connely et Los Angeles m'ont donné l'envie de mêler mon cadre de vie aux intrigues. Le Capitaine Séverine est sans aucun doute l'héritier (je ne sais pas s'il en est digne !) de Montale, Wallander et Bosch. Lui aussi pose son regard désabusé sur des lieux qui lui sont chers et dans lesquels il faut survivre... Est-ce la ville de St Etienne, par son vécu d'ancienne cité minière prospère et sa récession économique par la suite dû à l'arrêt de cette activité, qui vous a amené vers l'écriture de polars dit « sociaux » ? Comptez vous faire de St Etienne un « personnage » récurrent de tous vos romans comme les auteurs cités précédemment ? Pouvez vous en quelques mots nous faire découvrir cette ville ? Lorsque je me suis décidé à écrire des choses "publiables", c'est-à-dire qui seraient peut-être lues par d'autres personnes, j'ai souhaité ne pas distraire le lecteur uniquement. Je me suis toujours engagé dans la mesure de mes compétences et de mes disponibilités dans la vie publique. L'écriture est un prolongement de cet investissement. D'où le polar social. Et St Etienne, ville que je connais particulièrement bien, se trouve être un terrain de jeu idéal pour les personnages que je mets en scène. C'est une sorte de laboratoire dans lequel se nouent et se dénouent toute une partie des drames que vivent nos sociétés industrialisées sur le déclin. Maintenant, "Sainté" ne sera pas le personnage de tous mes romans ! Les deux suivants sont écrits, ils se déroulent dans les Pyrénées pour le premier, dans le massif du Pilat pour le second. Mais ma plume se trempera à nouveau dans les veines de cette ville, c'est sûr ! Ma présentation de la ville ne serait peut-être pas validée par l'office de tourisme... Pour moi, c'est encore la ville noire et verte. Celle que toute l'Europe découvrait dans les années 70 en suivant les exploits de l'ASSE. Le stade Geoffroy Guichard était à lui seul le symbole de la ville : l'équipe comptait dans son rang des fils de mineurs polonais. On devinait les cheminées des usines derrière les tribunes. Le sponsor principal s'affichait sur les maillots et autour du terrain. C'était Manufrance. Maintenant, plus de mines, l'usine derrière le stade a été rasée, "la Manu" est aux oubliettes... Sainté se transforme peu à peu en ville tertiaire, le prix de l'immobilier flambe, on rase les vieux quartiers... Mais il reste une âme populaire et ouvrière en ville. On la respire, elle est palpable. Il suffit de remonter la Grande Rue en tram pour s'en rendre compte ! St Etienne Santiago est sortie dans la collection Polar en Région chez Ravet Anceau Maison d'édition du Nord de la France. Comment s'est déroulée cette nouvelle collaboration ? Pensez vous que le patrimoine historique similaire entre les deux régions à jouer un rôle car votre roman pourrait très bien se dérouler à Lens sans le dénaturer ?
La rencontre s'est effectuée tout simplement par le biais d'un appel à textes des éditions Ravet-Anceau qui souhaitaient exporter le succès de Polar en Nord. J'ai envoyé mon manuscrit à Gilles Guillon, le directeur de la collection. Ce dernier a fait de Saint Etienne Santiago le numéro un de cette nouvelle collection. C'est un honneur pour moi. Je ne connais pas encore le Nord, mais je pense que des similitudes existent en effet entre les deux régions. Je devrais venir découvrir Lens au mois de mars à l'occasion de son salon du polar. Et, qui sait, une idée de polar en nord germera peut-être à cette occasion ! Votre personnage le Capitaine Séverine est un défenseur de certaines valeurs pour lui c'est l'humain qui prime d'abord. Ces derniers mois, beaucoup de choses ont changé au niveau politique, social, justice...Comment se comporterait-il aujourd'hui face à ces changements ? Quelles sont les choses qui le révolteraient ?
Je pense que Séverine serait allé pêcher dans un torrent pyrénéen le jour des élections. Il aurait sans doute signé la pétition de Charlie Hebdo sur les tests ADN. Et il ferait tout ce qui est en son pouvoir, à sa petite échelle, pour contrecarrer les projets qui font de l'homme un serviteur des intérêts financiers d'une minorité de moins en moins complexée... Le polar social est aussi un moyen de faire passer des messages. Quels sont les vôtres ? Vous êtes vous auto- censuré sur certains sujets ? Je ne fais pas passer de message à proprement parler dans mes livres. Par contre, j'essaie, en toute modestie, de faire partager mes doutes et mes interrogations. Je fais partie de ceux qui répètent à longueur de journée que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Alors j'égratigne, au détour de quelques paragraphes, le racisme, les mécanismes d'abrutissement des gens au travers de certaines chaînes de télé, le capitalisme brutal... Je ne pense pas m'être autocensuré pour le moment... et j'espère ne jamais avoir à le faire ! L'histoire de votre dernier roman prend naissance au Chili, lors des exactions en 1973. Pourquoi ce choix ? Pensez-vous que beaucoup de choses aient changé depuis 34 ans dans le monde, que la Liberté a repris sa place ?
Pourquoi le Chili ? Là aussi, ça remonte à l'enfance. J'avais 11 ans en 1973 et, si mes souvenirs sont bons, on mangeait le soir en regardant les infos. Le coup d'état de Pinochet, la guerre du Viêt-Nam, sont trop souvent venus donner un goût amer à ces repas... Lorsque j'ai commencé l'écriture de Saint Etienne Santiago, on était en septembre 2003. Un triste trentième anniversaire que j'ai voulu célébrer à ma façon. Pour répondre à la dernière partie de la question... non, je penserais même que la Liberté recule avec les mécanismes de mondialisation de plus en plus perfectionnés.
Quels sont vos coups de cœur littéraire et cinématographique du moment ? Et quel livre auriez vous aimé écrire ? Les coups de cœur actuels... Les promesses de l'ombre de David Cronenberg pour le cinéma. Pour la littérature, les références sont plus anciennes ! Je reste scotché sur le pavillon des cancéreux d'Alexandre Soljenitsyne ! Le livre que j'aurais aimé écrire... peut-être Le petit prince. Sur votre propre forum vous mettez souvent en avant des textes de chansons. Si vous devriez en garder que trois lesquelles choisiriez vous et cet autre forme d'écriture vous tente t il ? J'ai tenté l'écriture de chansons, mais c'est un exercice d'une grande complexité. Je pense qu'il faut maîtriser a minima les techniques musicales. Ce n'est pas mon cas, j'ai abandonné ! Trois titres... c'est peu ! Alors ceux qui me viennent à l'esprit en fonction de l'humeur du moment : Hexagone de Renaud. Scandale mélancolique d'Hubert Félix Thiéfaine. Le sud de Nino Ferrer
Vous êtes un fervent adepte des forums de polar sur le net. Que pensez vous de cette nouvelle façon de communiquer ? C'est un formidable moyen pour faire se croiser des passionnés en tous genres ! Je prends grand plaisir à partager avec des lecteurs et d'autres auteurs. J'ai découvert de nombreux auteurs par ce biais : Frégni, Del Pappas, Déon Meyer, Jonquet...
Merci et on vous laisse le mot de la fin C'est moi qui vous remercie ! Et un grand bravo à toute l'équipe de "Plume libre" pour l'enthousiasme et l'énergie que vous mettez en œuvre au service de ces belles aventures que sont la lecture et l'écriture. Ses romans chroniqués: Interview Plume Libre
 Le blog de Jean-Louis Nogaro et son forum
Powered by AkoComment 2.0! |
|